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01 avr Magazin’Art

 

 

DAGE

Place au hasards heureux

Clin d’oeil

« Toute oeuvre se situe au confluent d’une réalité perçue, d’un sentiment et d’une énergie à rendre sur la toile. » – George Perec

Tantôt d’une sensibilité toute en douceur. Tantôt d’une énergie, extrême. Magistral est le terme qui vient à l’esprit devant les tourbillons de couleur sur les toiles grand format de Dage. Une épithète qui ne s’applique qu’aux réels créateurs. Surtout que l’artiste contribue de manière personnelle à la démonstration effervescente de notre époque si liée à la vitesse, au mouvement et à l’instantanéité du moment. D’ailleurs ses personnages et autres sujets sont choisis en fonction de l’émotion et de l’énergie que la peintre saura faire rayonner bien au-delà de l’illustration servile et du confort de la technique d’une automate.

D’une persévérance sans faille à dessiner dès la tendre enfance, elle entreprend des études en arts visuels au Cégep du Vieux-Montréal, histoire d’approfondir ses connaissances. Puis, elle enchaîne avec un baccalauréat universitaire en design de l’environnement lui permettant de renouveler son regard sur le graphisme, l’architecture, le design, l’aménagement paysager et l’urbanisme.

Aussi ses débuts sur la scène artistique arrivent-ils après 10 ans d’un profitable labeur en graphisme qui la mena à la création de sa propre entreprise dont la spécialité était de concevoir des murales pour les chambres d’enfants. Cela tout en expérimentant dans son atelier de nouveaux procédés sur la toile. Son cheminement donnera naissance à son langage artistique qu’elle décrit comme étant du «dripping intentionnel».

Le dripping

L’histoire est toute simple. Et de ce fait, formidable ! Or c’est en brassant la peinture acrylique avec un bâton, que lui est apparu le potentiel des dégoulinades des couleurs se juxtaposant les unes aux autres sur les récipients. Ainsi a-t-elle découvert, un peu naïvement, les possibles du «Dripping», qui consiste à laisser tomber la peinture en goutte ou en trait sur la toile déposée sur le sol. Jackson Pollock, grand maître américain du «Dripping», ou encore de l’«Action painting», perçait des trous au fond d’une casserole afin de laisser couler la peinture de manière à répondre aux sinuosités des mouvements du balancement de ses bras. Le style est né dans les années 1960 et a été propulsé à travers le monde entier par les États-Unis pour dire à la face du monde toute la liberté d’expression des artistes américains trouvant l’accord des visions avant-gardistes à travers l’abstraction insidieusement nationalisée. Soulignons toutefois qu’il s’agissait d’oeuvres abstraites dont la cible était davantage dans les éclaboussures aléatoires sur la toile que dans le résultat d’une oeuvre mûrement achevée.

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Moment présent, 36 x 36 po

 

La particularité de Dage

« Dripping intentionel » – On devine que la peintre ne peut prévoir comment la peinture se déposera sur la toile, ni même comment les filaments colorés se mélangeront entre eux, les gestes de Dage s’orchestrent en cascade de manière à venir souligner l’énergie du moment présent face au sujet (surtout les visages) qui trouvera sa finalité dans la ressemblance première ou non.

Inspirée d’abord par des visages glanés dans les magazines. Puis par les photographies grappillées au cours de ses voyages. Et mieux encore, par les portraits des quidams qu’elle interpelle sur la rue, Dage doit avant toute chose s’imprégner et décoder le faciès des gens afin d’en rendre intentionnellement le dessin et les traces de l’énergie qui s’en dégage.

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Regarder plus loin, 36 x 36 po

 

Son art

Une danse frénétique des gestes se promène jusqu’à cerner le visage de son modèle en gros plan. Une main sensible, munie d’un bâton enduit de peinture, glisse sur le fond de la toile. Dage contourne et explore ses émotions, pourlèche ses zones d’ombre, souligne ses visions. Se vautrant dans le «dripping» de l’acrylique comme si elle s’emparait de cette matière – la peintre l’accuse en effet à chacun de ses tableaux – déjouant avec maîtrise et brio la tradition picturale conventionnelle, Dage affirme vraiment une réviviscence vigoureuse. Elle obtient sous la pulsion des accords juxtaposés l’inattendu qui se révèle avec force dans sa puissance colorée. Ses toiles mettent en valeur son sens du déploiement physique, organique, charnel, corporel, venant créer une imagerie qui aurait ravi les plus grands Expressionnistes dignes de l’appellation ! Voici une artiste qui ne baissera jamais les bras devant le défi de dire aux autres.

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L’attente interminable, 36 x 60 po

 

Notons qu’une exposition de la nouvelle mouture de sa création sera présentée à la Galerie Québec Art, à Québec, du 28 avril au 8 mai, 2016. L’artiste sera sur place le samedi 30 avril à compter de midi.

 

Texte de Michel Bois

Présente au sein de collections privées au Québec, au Canada, en Australie, aux États-Unis et aux Émirats arabes unis, Dage est représentée par la Galerie Québec Art, 40 rue Notre-Dame, Québec, Canada. Tél : 418-692-8200

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